L’autoproduction désigne la situation dans laquelle un artiste finance et produit lui-même ses enregistrements, sans faire appel à un label extérieur. Il est alors à la fois l’artiste et le producteur phonographique de son propre projet. Ce modèle s’est largement développé avec la démocratisation des outils d’enregistrement numérique et des plateformes de distribution en ligne.
Ce que signifie s’autoproduire
S’autoproduire, c’est prendre en charge l’ensemble des décisions et des coûts liés à la réalisation d’un enregistrement : studio, ingénieur du son, mixage, mastering, artwork, et éventuellement promotion et distribution. En contrepartie, l’artiste conserve la pleine propriété de ses masters et perçoit l’intégralité des royalties générées par leur exploitation.
Cette maîtrise totale est l’avantage principal de l’autoproduction. Elle permet à l’artiste de sortir sa musique à son rythme, selon ses critères artistiques, sans dépendre de l’accord ou des priorités d’un label.
Autoproduction et co-production
L’autoproduction ne signifie pas nécessairement tout financer seul. Dès lors qu’un financement extérieur contribue à la réalisation de l’enregistrement, que ce soit via une aide publique, un co-investisseur ou un partenaire, l’artiste entre dans une situation de co-production. Il reste propriétaire du master à hauteur de son apport, mais partage cette propriété avec ses co-producteurs selon les modalités définies contractuellement.
C’est notamment le cas lorsqu’un artiste obtient une aide à l’autoproduction de la SACEM ou un soutien du CNM : ces dispositifs ne remettent pas en cause sa qualité de producteur, mais ils impliquent des obligations de résultat (distribution, exposition au public) et des conditions de remboursement ou de reddition de comptes.
Créer son propre label
L’autoproduction nécessite généralement de créer une structure juridique dédiée, communément appelée label personnel. Cette structure prend en charge l’embauche des musiciens, la déclaration des enregistrements auprès des organismes de gestion collective et la signature des contrats de distribution.
Créer son propre label permet de :
- conserver l’intégralité de ses droits d’exploitation sur les masters
- percevoir les droits voisins en tant que producteur phonographique (via la SPPF ou la SCPP)
- accéder aux aides financières réservées aux structures (CNM, ADAMI, SPPF), et potentiellement signer d’autres artistes à terme.
La forme juridique la plus adaptée est généralement une société (SASU, EURL, SARL ou SAS), qui permet de récupérer la TVA et de bénéficier du crédit d’impôt phonographique. Une association peut fonctionner dans un premier temps, mais elle offre un accès plus limité aux dispositifs de financement sur le long terme, à moins d’être fiscalisée.
La création d’un label implique également de protéger le nom et l’identité visuelle de la structure (dépôt de marque à l’INPI), d’élaborer un plan de financement réaliste et de prendre connaissance de la Convention Collective Nationale de l’Edition Phonographique (CCNEP), dont l’application est obligatoire pour toute structure employant des artistes.
Les limites de l’autoproduction
S’autoproduire demande du temps, des compétences dans des domaines variés (administratif, juridique, marketing, communication) et un investissement financier que l’artiste assume seul ou avec un cercle restreint. La gestion de ces contraintes peut peser sur le temps consacré à la création.
Par ailleurs, un artiste autoproduit ne dispose pas des réseaux et des leviers promotionnels d’un label établi. L’accès aux médias, aux playlists éditoriales des plateformes ou aux programmateurs de festivals est souvent plus difficile sans l’appui d’une structure reconnue dans le secteur.
C’est pourquoi l’autoproduction est souvent une étape de développement plus qu’un modèle définitif. Certains artistes y restent par choix, d’autres y passent le temps de construire leur projet avant de conclure un accord avec un distributeur ou un label via un contrat de licence ou de distribution.
Point de vigilance
L’autoproduction ne dispense pas des obligations légales liées à l’emploi d’artistes. Dès lors qu’un artiste interprète est engagé pour un enregistrement, il doit être salarié par la structure productrice. Payer des musiciens « au noir » ou sans contrat de travail expose l’artiste à des sanctions importantes et l’empêche d’accéder aux aides institutionnelles.
