Contacter des médias musicaux est une compétence qui s’apprend et se travaille. Les journalistes et programmateurs reçoivent des dizaines, voire des centaines de sollicitations par semaine. Se démarquer dans ce flux ne tient pas à la qualité seule de la musique : cela dépend aussi de la façon dont le contact est établi, du bon ciblage et du bon timing.
Construire sa liste de contacts
Avant tout envoi, il faut constituer une base de contacts ciblée et organisée. Contacter des médias non pertinents pour son genre musical est une perte de temps pour tout le monde. Un magazine de rock ne parlera pas d’un artiste de musique électronique, et vice-versa.
Pour trouver les bons interlocuteurs, plusieurs méthodes : lire les médias qui couvrent son genre musical et noter les noms des journalistes qui signent les chroniques ; consulter les rubriques « contact » des sites de médias ; utiliser LinkedIn pour identifier les journalistes par média ; s’abonner aux newsletters et réseaux sociaux des médias ciblés pour en comprendre la ligne éditoriale.
Une fois les contacts identifiés, il est utile de les consigner dans un tableau : nom du média, spécialité musicale, nom du journaliste, adresse email, date du premier contact, suivi des relances. Cet outil de suivi permet de ne pas se perdre dans les envois et de gérer les relances de façon organisée.
Rédiger un email efficace
L’email de contact est un exercice de concision et de précision. Quelques règles s’appliquent systématiquement.
L’objet du mail doit être clair et informatif : nom de l’artiste, nature de l’actualité (single, EP, album, concert), date de sortie si pertinent. Un objet vague ou trop commercial sera ignoré.
Le corps du message doit être bref : deux à trois phrases maximum de présentation, une accroche qui crée un lien avec l’interlocuteur (une émission écoutée, un article lu, une recommandation), et l’objectif explicite de la demande. Ne pas essayer de convaincre par des superlatifs ou du lyrisme : des faits et des liens d’écoute.
Les liens doivent être intégrés directement dans le texte (pas en pièce jointe), limités à un ou deux titres représentatifs, et pointer vers des plateformes accessibles sans inscription (Spotify, SoundCloud, lien privé en écoute anticipée).
Le dossier de presse peut être joint en PDF ou accessible via un lien, mais ne doit pas encombrer un premier contact. L’idéal est de le mentionner et de le laisser disponible si le journaliste souhaite en savoir plus.
Le timing d’envoi
Le timing est crucial. Les médias ont besoin d’écouter avant la sortie pour organiser leur planning éditorial. Envoyer trop tôt risque de faire oublier le message ; envoyer trop tard, c’est manquer la fenêtre de couverture.
La règle générale : envoyer trois à six semaines avant la date de sortie selon le type de média (la presse magazine a des délais de bouclage plus longs que les webzines). Les meilleurs jours sont généralement le mardi ou le jeudi, en début de matinée. Il faut éviter les lundis (boîtes mails surchargées) et les vendredis.
Les relances
Un premier email sans réponse est la norme, pas l’exception. Une relance polie une à deux semaines après le premier envoi est attendue et nécessaire. Deux relances maximum : au-delà, il faut passer à autre chose. Si un journaliste refuse ou ne répond pas, cela ne ferme pas définitivement la porte : garder le contact, partager son actualité de façon ponctuelle, et revenir vers lui lors d’un prochain projet reste une démarche pertinente.
Les plateformes de mise en relation
Des plateformes comme Groover permettent aux artistes indépendants de soumettre leur musique directement à une sélection de médias, radios, curateurs de playlists et professionnels, avec une garantie de réponse. C’est un outil complémentaire utile, notamment pour les artistes qui n’ont pas encore constitué de réseau de contacts médias, ou pour atteindre des interlocuteurs difficilement accessibles par email à froid. Le budget est plus accessible qu’une campagne d’attaché de presse, mais la portée est aussi différente : ces plateformes couvrent surtout les médias de niche et les webzines, plutôt que la grande presse nationale.
Point de vigilance
Démarrer localement est souvent la stratégie la plus efficace en début de carrière. La presse locale, les radios associatives et les blogs de niche sont plus accessibles, plus réactifs, et permettent de construire une première revue de presse qui donnera de la crédibilité pour approcher ensuite des médias nationaux. Viser directement Les Inrocks ou Télérama sans retombées préalables est rarement productif.
